Il est assez extraordinaire de constater à quel point le laïcisme dont parlait Jean Sévillia à la conférence du 26 octobre est encore extrêmement vivace ! Nous avons ici la preuve que la laïcité n'en a pas fini avec la religion catholique : le programme détaillé comprend deux interventions consacrées au catholicisme contre une seule traitant explicitement de l'islam. Ainsi nous savons déjà la réponse que ces esprits éclairés apporteront à coup sûr à leur première question rhétorique : "non, il n'y a pas d'élargissement de la question laïque". Tout au plus une actualisation contextuelle mais l'essentiel demeure : l'Infâme c'est toujours la religion catholique et romaine ! Ouf, on avait eu peur !
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la rhétorique employée dans la deuxième question rapelle furieusement la théorie du complot et de l'ennemi masqué. Complot qui devient, notons-le, mondial, tant il est vrai que les animistes bantous contribuent, à un degré moindre il est vrai mais néanmoins significatif, à saper sournoisement les bases du grand laïcisme universel !
On croit rêver, et pourtant non ! C'est réel et ça arrive près de chez vous le 25 novembre.
J'ajoute que ce discours considérablement daté, relent de logorrhée républicaine radicale façon 1900, me fait fortement douter de l'affirmation des organisateurs dudit séminaire selon laquelle il s'agit d' "aborder la commémoration à partir du présent, et non du passé".
Par ailleurs, je trouve tellement touchant de vouloir "élargir la perspective pour penser la laïcité (et ses ennemis) à l’échelle européenne et mondiale" quand n'importe quel esprit un tant soit peu objectif sait que la laïcité est une exception purement franco-française, que le mot lui-même (je ne parle même pas du concept !) n'existe qu'en français et que l'importance du phénomène religieux dans la vie sociale, est une tendance qui a généralement constitué la règle dans l'histoire de l'humanité et qui prévaut encore globalement aujourd'hui.
Quant à la troisième question, je crois que c'est vraiment ma préférée...
D'abord parce que l'objectif d' "arracher la production des normes sociales à l'histoire et à la politique" dégage un petit fumet d'anarchisme particulièrement savoureux. On est en plein dans "ni dieu ni maître", non ? Je me trompe pas ?
Ensuite parce je trouve tellement fabuleux que des esprits passant leur temps à se réclamer des Lumières puissent faire preuve d'un tel aveuglement sur leur propre pensée ! Voila des gens qui se proposent d'étendre le concept de laïcité à toute transcendance, eux qui ne jurent que par la Raison ! Voila des républicains prêts à rejeter toute "invocation de l'ordre symbolique", eux qui refusent que les femmes soient voilées parce que Marianne ne l'est pas ! Et que lit-on au début de cette déclaration ? Que la laïcité est "au coeur de l'identité républicaine". Soit ! Mais si là, rien que dans la formulation, on n'est pas déjà dans l'ordre symbolique, alors je veux bien qu'on me le montre ce "coeur de l'identité républicaine" !
Incroyable ! Alors qu'en ce moment même, dans les banlieues en flamme, ce sont bel et bien les symboles de l'Etat et de la République qui sont attaqués et que ce sont au contraire les responsables musulmans qui semblent y être le plus à même de faire revenir l'ordre, on continue à nous expliquer que la République laïque est toute puissante et que la religion n'a rien à faire dans l'ordre social ! Mais les faits indiquent le contraire ! On peut le déplorer, si on veut, mais il faudrait tout de même arrêter de nier la réalité de manière aussi scandaleuse !
De la part de membres du Réseau Voltaire, ce genre de discours ne m'aurait pas choqué, tant il m'aurait semblé attendu. Mais le véritable scandale, c'est qu'il s'agit là d'un séminaire scientifique, organisé à l'ENS, par des chercheurs dits en sciences sociales ! Au vu du degré d'imprégnation idéologique de leur discours censé être scientifique, on est en droit d'avoir peur, surtout quand on mesure la place démesurée que les sciences sociales se voient accordée de nos jours, tant dans le discours scientifique que dans les analyses politiques !
Après 100 ans de séparation des églises et de l'Etat, après le ralliement définitif des catholiques au régime républicain et la normalisation des relations de celui-ci avec l'Eglise, après toutes les nouvelles questions soulevées par la place grandissante de l'islam dans la société française, après les débats européens sur les bases de la construction européenne, on était vraiment en droit d'attendre autre chose que cette vision passéiste des rapports entre le politique et le religieux !
A cet égard, je considère que l'approche reflexive de Respublica Nova, tant lors de la conférence que dans la revue, est infiniment plus pertinente que le discours de ces esprits figés dans leur contemplation du nombril défraîchi de leur idole centenaire.
Voilà, cela devait être dit !
PS : Je pense très sérieusement que je vais m'inviter à ce séminaire. Qui m'aime me suive !
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"Etre ou ne pas être est une question qui devient pressante lorsqu'il s'agit d'en avoir ou pas."
Jacques Perret