Charles Maurras est assez complexe comme personnage. Si on regarde son amour de l'Occitanie, c'est un homme irréprochable : amoureux de la culture populaire grandiose dans son humilité, homme sensible, grand amateur de vraie littérature. Du côté de la pensée politique, évidemment, tout le monde, de tous bords, pourvu qu'il soit honnête intellectuellement, doit lui reconnaître la même envergure, dans son genre, que Marx, quelles que soient les erreurs politiques associées à cette pensée. D'où le prestige intellectuel immense, jusqu'aux erreurs de 1940, et au-delà, de l'Action Française.
Mais dans le cas de Marx comme dans le cas de Maurras, il y a une systématicité de la pensée politique, et une obsession à la rendre abstraite et valable en tout temps, qui fonde les erreurs politiques. On ne peut certainement pas dire que Maurras a amené à des fautes politiques aussi graves que celles auxquelles aurait amené Marx. Mais tout de même, il y a ce même rêve, hérité de la révolution française (et Maurras en est un héritier, par son intellectualitsme et son volontarisme), ce rêve d'expliquer la politique par la cohérence intrinsèque, je ne dis pas des idées politiques, mais su système politique. Maurras n'a pas préparé la droite française à affronter le XXème siècle, il a trouvé un équilibre très vite marqué culturellement entre passéisme monarchique et héritage de 1789 : cette pensée a très rapidemment, au lieu de livrer les promesses d'une pensée politique alternative, figé la droite française dans un état conservateur qui l'a rendue vulnérable au fascisme, beaucoup plus moderne et plus dynamique.
Je crois que Charles Maurras, assurément beaucoup trop étudié, ça c'est sûr, incarne l'échec d'une droite qui a cherché à s'affranchir de ce qui l'humanise, la religion. Savez-vous que la droite se définit dans 90 % des cas à travers le monde par la réceptivité à une vision du monde fondée sur la religion ? La gauche au contraire fonde tous ses espoirs sur la foce de la volonté non de l'individu, car très vite il ne peut rien, mais du groupe, d'où l'attachement à la république, voire à la révolution qui galvanise une sorte de conscience (très limitée en fait, et vite instrumentalisée) de groupe.