Vous connaissez tous la fameuse trilogie "Le Secret de l'Espadon" avec les très britanniques Blake et Mortimer ? Eh bien, une fois n'est pas coutume, les grands classiques préfigurent la réalité : on serait en droit de penser que les choses continuent de se corser (nous avons envie de dire "de se taïwaniser") du côté du Pacifique.
Une dépêche AFP datée du 4 mars annonce que la Chine augmente de 17,8% son budget militaire pour 2007, "s'inscrivant dans une décennie d'augmentation annuelle à deux chiffres".
Evidemment, pour les post-marxistes pacifistes antimilitaristes français, qui ont déjà oublié qu'ils ont autrefois soutenu un régime soviétique particulièrement militariste, qui n'a survécu que grâce à son armée, et dont on oublie qu'aujourd'hui ils seraient naturellement portés à une ceraine connivence avec l'Etat post-maoïste chinois, ont introduit dans l'opinion française le dégoût de l'armée et de son rôle crucial.
Mieux, les Européistes béats, qui ont laisser se briser l'Europe économique en laissant les places financières de Londres et de Paris passer respectivement aux mains du Nasdaq et du NYSE, et qui feraient mieux de s'occuper de l'Europe institutionnelle technocratique en panne qui était pourtant leur seule "réussite", soutiennent les socialo-marxistes dans le délire d'une armée européenne que seuls une poignée de démagogues français et une ultra-minorité d'Allemands européistes désirent, alors qu'aucun Etat de l'Union européenne, soit parmi les Etats neutres, soit parmi les petits Etats, soit encore parmi les atlantistes, ou les ex-membres de l'Europe de l'Est, ne sont disposés à financer ni même à prendre au sérieux.
Et les deux Etats européens les plus portés sur la chose militaire en dehors de la France, savoir la Pologne et le Royaume-Uni, sont farouchement hostiles à la mutualisation des efforts en ce domaine. J'en veux pour preuve la fameuse commande d'avions militaires américains par Varsovie, qui avait valu à Jacques Chirac une déclaration pleine de sottise, et l'échec complet de la perspective de construction d'un porte-avions franco-britannique.
Or, tout le monde prétend, parmi les Européistes, que l'Europe est indispensable, non pas économiquement, ni politiquement, mais au fond
militairement pour peser dans les négociations à l'avenir face aux grandes puissances continentales, qui, elles, ne se contenteront pas d'invoquer les Droits de l'Homme pour peser à l'ONU ou ailleurs.
Personne ne s'est mobilisé pour le Tibet. Seuls les Américains se mobilisent à la fois sur le plan économique, en imbriquant la Chine à leur économie, et sur le plan militaire, à Taïwan,mais aussi au Japon, qui est en passe de redevenir une grande puissance militaire, dès maintenant peut-être, en tout cas, certainement demain, vu notre démission nationale et le rythme de notre modernisation militaire comparé au leur et à leur sentiment national intact.
Il est grand temps de considérer le rôle crucial des questions militaires dans le débat national, de briser l'utopie et l'abstraction socialiste françaises. Même à penser la réussite de l'Etat européen, rien n'est à attendre à court terme de l'Europe sur ce plan. Et plus nous souhaitons l'Europe, plus nous aurions intérêt à la penser forte militairement, et forte de notre expérience et notre armée. Si nous baissons nos efforts militaires de défense, est-ce l'Europe qui nous remplacera ? On ne vole pas au secours de celui qui baisse volontairement les bras pour vous obliger. Et si nous voulons sensibiliser nos voisins européens à un effort militaire, et créer un jour une armée européenne, n'est-ce pas à la France d'en donner l'exemple et de chercher à détenir l'expertise en la matière pour que cette armée européenne soit conforme à nos aspirations françaises les plus légitimes ?
Tout conspire dans le même sens : la France doit se doter d'un budget militaire deux fois supérieur à celui d'aujourd'hui et tirer de cette dynamique une crédibilité dans les négociations internationales autant au niveau européen qu'au niveau du Conseil de Sécurité. Il en va de l'existence même des Etats, car aucune civilisation n'a résisté qui ne consentait pas à une politique légitime et susbtantielle de la défense.